Devant franchir prochainement les frontières helvètes, le zozieau s’enquit du renouvellement de sa carte d’identité. Prévoyant, il ne manqua pas de s’imprégner fort attentivement des recommandations de la Confédération (trois pages d’exemples à suivre et à ne pas suivre, s’il vous plaît), avant de se faire tirer le portrait. Il s’aligna au cordeau dans la cabine du photomaton, enleva ses lunettes – histoire que le flash ne s’y reflète pas pour cacher la couleur de ses yeux pairs, bref, le résultat final fut à la hauteur de ses espérances, et le zozieau l’apporta tout fier au bureau communal afin de remplir les papiers pour Berne et de s’acquitter de quelques dizaines de francs.
Sauf que… cela ne fut point l’avis des aimables fonctionnaires, même si le zozieau avait scrupuleusement respecté les consignes. En effet, il faut que la tête rentre pile poil dans un chablon ovale… et long. Et ceux qui connaissent le zozieau savent bien que sa bouille est plutôt rondouillarde, raison pour laquelle ses oreilles dépassaient de 0,1 mm des traits attestant de la bonne conformité de sa calebasse. Et pas question de faire une interprétation un peu sauvage des dispositions fédérales qui stipulent que
si une personne a une chevelure volumineuse, la hauteur du visage ne doit pas être inférieure à 29 mm. Il est plus important d’avoir un visage de la bonne grandeur sur la photo que d’avoir l’ensemble de la chevelure (à titre exceptionnel, les cheveux peuvent dépasser le cadre de la photo).
Bref, le zozieau en fut quitte pour se rendre une route plus loin chez un photographe qui contrôla son oeuvre avec soin, chablon en mains, avant de lui délivrer quelques tirages. Il faut bien faire vivre les petits commerçants…
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